Tout était calme

 

Tout était calme et tellement bien que ça ne m'étonnait pas...

 

Il était calme et les feux dans la vallée scintillaient. Le gros tronc tordu était couché dans les flammes et les nourrissait.

J'avais mangé et je cousais, point par point. Branche par branche brûlait, flamme par flamme. Il faisait calme. 

Il brulait bien, le grand arbre tordu. On ne cherche pas ici, on trouve. Mais le grand arbre trouvait que je cherchais autre chose et faisait tourner le vent. Il se retournait et allumait le grand animal qui n'accepte jamais les demis cercles.

J'avais senti son être et je l'avais toujours aspiré et toujours j'en parlais et toujours je passais ses couleurs sur des surfaces blanches et je célébrais sa force.

 

Maintenant il était là, mais différente était sa nature et pourtant exactement pareille.

Bruyant était l'animal et plus chaud que le soleil et plus rapide que le vent et plus fort que ma force de peur, plus fort que tous les coups de ma couverture et plus décidé que la décision de mes yeux exorbités, mes mots qui coulaient de ma bouche comme des perles coulent le long du fil d'un collier qui ne se refermera jamais.

 

Il devrait brûler mes oreilles et je devrais écouter encore plus fort, ses dents, qui arrachaient, sa gueule, qui avalait, son gosier qui s'étouffait en avalant plus vite que ses dents arrachaient.

Je courais et lançais mes affaires dans la nuit, la nuit qui devait les sauver de l'animal. Mais l'animal était un animal de la nuit et avait des yeux perçants que je n'aurais jamais et mordait la nuit plus vite que j'ai pu courir et s'approchait de moi, prêt à m'arracher aussi, prêt à m'avaler et pourtant il me mettait entre les siens, quand je voyais que là, tout était mort et ne brûlait plus, quand je voyais que l'animal n'existait qu'en rond et grandissait, sans cesse, dans la splendeur de sa grandeur, dans la magnificence de sa violence, et je voyais brûler les affaires, que la nuit aurait du sauver et je me trouvais en plein milieu du trou noir, et je voyais l'animal bouffer et les oiseaux fendre les airs de la nuit, au visage pâle de fumée et à l'esprit lucide et calme, plus calme encore, face à face.

 

L'animal et moi dans son ventre et au dessus de nous la nuit qui nous regardait silencieusement. L'animal qui mangeait et moi qui était là, débout, qui chantait et se taisait et qui devait entendre l'animal, qui devait entendre, qui devait entendre comment son dieu mangeait son dieu et devenait dieu de nouveau avec les yeux de la nuit.

 

Et elle avait encore les yeux des Hommes et devait voir encore, plus qu'elle n'a jamais vu et plus interminablement que le visage de la nuit.

 

Ainsi elle était assise et débout et quand elle ne pouvait plus rester débout, elle s'allongeait et quand elle ne pouvait plus rester allongée, elle s'asseyait, et quand elle ne pouvait plus rester assise, elle allait par ci et par là dans le ventre noir de l'animal qui grandissait sans cesse comme le désert et quand elle ne pouvait plus marcher, elle se recouchait et regardait les yeux innombrables de la nuit, qui scintillaient silencieusement, face à face, et l'animal interminablement mangeait, il pénétrait le bas de la vallée et jetait la lumière vers elle et le bruit de son festin qu'elle avait préparé.

 

Et quand la nuit fermait lentement ses paupières, l'animal mangeait encore et ses dents arrachaient et la lumière rouge et la fumée blême criaient dans le visage clair du matin, qui se levait avec lenteur et qui ne répondait rien, qui offrait son fruit doux et rouge comme chaque matin et qui se tenait au repos.

 

 

Après cendre et suie, la peau apparaissait, la peau qui était blanche, encore plus blanche et morte ...

 

 

 

Guinée, 2000